Je voudrais d’emblée vous adresser à tous,
Mesdames et Messieurs les Ministres, mes sincères remerciements
tout d’abord pour avoir décidé de convoquer la présente
session extraordinaire du Conseil, et ensuite pour avoir honoré
cet engagement en arrivant ici quelques jours à l’avance par
rapport à la date de votre session ordinaire, afin de finaliser l’important
travail que vous vous êtes assigné. Compte tenu de vos autres
engagements tout aussi pressants, je sais qu’il a dû être
très difficile pour vous de quitter vos pays pour venir
participer à la présente session. C’est dire que votre
présence ici constitue un témoignage éloquent de la priorité
que vous accordez à ce noble idéal qu’est la mise en place de
l’Union africaine.
Je voudrais également exprimer ma profonde
gratitude au Gouvernement de l’Afrique du Sud pour avoir
accepté la responsabilité supplémentaire d’abriter la
présente session extraordinaire du Conseil et pour avoir mis à
disposition toutes les facilités nous permettant de travailler
dans d’excellentes conditions. Il s’agit là, à n’en point
douter, d’une autre preuve de la disponibilité de nos Etats
membres à faire un peu plus pour la réalisation de cette unité
à laquelle aspirent depuis si longtemps les populations du
continent.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
La présente session extraordinaire du Conseil
sera consacrée à trois grandes questions. Premièrement, elle
examinera les progrès réalisés dans l’accomplissement des
tâches liées à la transformation de l’OUA en l’Union
africaine, pour soumission à la Conférence des chefs d’Etat de
gouvernement. Deuxièmement, elle aura à finaliser les projets de
règlements intérieurs de la Conférence, du Conseil exécutif et
du Comité des représentants permanents, ainsi que le projet de
statuts de la Commission de l’Union africaine. La troisième
question qui retiendra l’attention de la présente session
extraordinaire du Conseil est celle de la réforme du Mécanisme
pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits.
De toute évidence, la présente session est
appelée à s’acquitter d’une tâche importante et exaltante,
à savoir mettre effectivement en place l’Union africaine et
forger le destin des populations africaines. Je suis convaincu que
le Conseil fera preuve de dévouement et de détermination dans la
concrétisation du rêve de l’Union africaine au cours de ses
deux jours de délibérations. J’espère vivement qu’à l’issue
de ces délibérations, des fondations solides et un cadre
dynamique auront été mis en place pour le lancement de l’Union
africaine.
Pour ma part, depuis l’adoption de la
décision de Lusaka sur la transition à l’Union africaine, je n’ai
épargné aucun effort pour travailler en étroite collaboration
avec les Etats membres et pour mobiliser l’appui de nos
partenaires en vue de l’accomplissement des tâches qui m’ont
été confiées, conformément aux directives des Chefs d’Etat
et de gouvernement à ce sujet. Je voudrais saisir cette occasion
pour remercier les représentants des Etats membres, y compris les
experts et les plénipotentiaires, et vous tous, Mesdames et
Messieurs les Ministres, pour votre coopération au cours des neuf
mois que nous avons passés à travailler ensemble pour jeter les
bases d’un cadre renforcé pour l’intégration du continent. A
cet égard, je ne saurais oublier nos partenaires qui nous ont
encouragés et soutenus dans cette entreprise historique d’auto
- émancipation des peuples africains.
Si les principales tâches à accomplir pour
lancer immédiatement l’Union africaine peuvent être
finalisées au cours de la présente session, il n’en demeure
pas moins qu’un certain nombre d’autres tâches devront se
poursuivre même après le démarrage effectif des activités de l’Union.
Au nombre de ces tâches, il y a lieu de citer l’intensification
des efforts pour s’assurer que les populations africaines
elles-mêmes s’approprient l’ensemble du processus et
participent activement au renforcement de l’Union et à la mise
en œuvre de ses programmes et activités.
A cet égard, à la suite de la deuxième
conférence OUA/ société civile tenue en juin cette année à
Addis-Abeba, en Ethiopie, les efforts se poursuivront pour
finaliser les préparatifs en vue du lancement immédiat du
Conseil économique, social et culturel, le CESC, qui est un
organe prévu dans l’Acte constitutif, afin de permettre aux
différents groupes sociaux et professionnels des Etats membres de
participer aux structures de l’Union africaine. Dans la même
optique, nous exhortons les Etats membres à ratifier le Protocole
pertinent en vue de rendre opérationnel le Parlement panafricain
pour que les représentants directs des populations africaines
puissent participer aux activités des organes – clés de l’Union.
Je voudrais souligner, à ce stade, que l’ampleur
et la complexité des défis qui se posent aujourd’hui en
Afrique, nous obligent non seulement à renforcer l’unité et la
solidarité au niveau continental, mais aussi à créer des
structures et des mécanismes efficaces, solides et dynamiques. La
défense des intérêts collectifs de l’Afrique exige que les
mécanismes et les structures mis en place dans le cadre de l’Union
africaine soient à la hauteur des tâches à accomplir.
Le Sommet de Lusaka m’a investi de la lourde
et noble mission de transformer, en une année, l’Organisation
de l’unité africaine en une Union africaine. Comme j’ai
déjà eu l’occasion de le dire à maintes reprises, cette
mission n’incombe pas à un seul homme mais est l’affaire de
chaque africain. A cet égard, j’ai estimé qu’il était
important de bénéficier de conseils et expertises disponibles,
en particulier sur le continent. C’est pour cela que j’ai
constitué un groupe d’éminentes personnalités à l’expertise
avérée et chargé de me conseiller, notamment, sur la mise en
place des organes clés de l’Union africaine.
Si nous voulons faire de l’Union un
instrument efficace et efficient pour une action collective,
capable de répondre aux besoins des populations africaines. Je
suis convaincu que nous devons mettre en place des arrangements
institutionnels cohérents, fonctionnels et complémentaires. C’est
dans cet esprit, que l’Acte constitutif de l’Union africaine a
conféré à chacun des organes des pouvoirs et attributions bien
précis. Ainsi, conformément à l’Acte constitutif :
La Conférence est l’organe suprême de l’Union.
Le Conseil exécutif est l’organe capable de
traduire en directives opérationnelles les décisions de la
Conférence et de garantir leur mise en œuvre. Il est l’organe
statutaire chargé de la supervision du travail de la Commission.
La Commission est le bras exécutif de l’Union.
Ses activités touchent à tous les domaines de la vie des
populations africaines. Pour cela il est important de la doter de
structures appropriées et d’un personnel hautement qualifié.
En effet, c’est le calibre de la Commission qui va déterminer l’efficacité
de l’Union.
Le Comité des Représentants Permanents est l’organe
consultatif. Son role est de préparer les travaux du Conseil, en
particulier ses réunions et de faciliter les consultations entre
la Commission et les gouvernements des Etats membres. Le Conseil
peut certes déléguer ses fonctions au COREP en ce qui concerne
le suivi et le contrôle de la mise en œuvre des décisions de la
Conférence. Cependant, pour éviter les conflits de compétence
et de gestion, il est indiqué que de telles fonctions
déléguées n’empiètent pas sur les fonctions de la Commission
qui est l’organe exécutif chargé de la responsabilité
fondamentale de mettre en œuvre les décisions de la Conférence.
Il ne faut surtout pas créer l’impression que le fonctionnement
au jour le jour de la Commission dépend d’un autre organe que
la Commission elle-même.
Il est tout aussi important que les règles et
procédures régissant le fonctionnement de nos nouvelles
institutions soient conformes à l’Acte constitutif. Ces règles
doivent donc être claires et précises et en même temps
flexibles, pour nous permettre de les adapter aux changements sans
cesse rapides et complexes qui se produisent dans le monde. A cet
égard, il nous faut mettre en place des mécanismes qui nous
permettent d’adopter rapidement des décisions, tout en tenant
compte du fait que la Conférence de l’Union, organe suprême de
décision, ne se réunit qu’une fois par an et que le quorum de
la majorité des deux tiers est requis pour l’adoption de toutes
les décisions de l’Union. Les projets de règlements
intérieurs et de statuts que nous devons examiner peuvent encore
être améliorés non seulement quant à la forme, mais aussi
quant au fond. J’en veux pour preuve les propositions nouvelles
qui ont été faites par un certain nombre de nos Etats membres et
qui sont soumis à l’examen de cette session extraordinaire.
Au moment où le Conseil finalise son examen
des projets de règlements intérieurs et de statuts des organes
– clés de l’Union, ainsi que du projet de Protocole relatif
au Conseil de paix et de sécurité, la question cruciale qui
continue de se poser est de savoir dans quelle mesure ces
instruments sont conformes à l’esprit et à la lettre de l’Acte
constitutif et aux directives de nos dirigeants concernant la
réalisation du rêve entretenu depuis si longtemps par nos
populations, à savoir le renforcement de notre unité. Au cours
de l’examen de ces projets de textes, tout doit être mis en
œuvre pour que les institutions de l’Union africaine soient
suffisamment fortes et dynamiques pour être en mesure de faire
face aux défis du nouveau siècle.
Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Nous savons tous que ce n’est que le
commencement d’un voyage long et difficile. Nous buterons
certainement sur de nombreux écueils et obstacles. Nous nous
sommes cependant engagés à atteindre notre destination, et nous
devons donc rester déterminés à relever tous les défis. En
effet, les populations africaines n’ont qu’un seul et unique
choix, celui de persévérer dans la voie de l’unité, de la
solidarité et de la coopération.
L’adoption de la Déclaration de Syrte, le 9
septembre 1999, a donné le coup d’envoi de la promotion d’une
plus grande intégration et d’une plus grande unité sur le
continent. La rapidité avec laquelle l’Acte constitutif a été
signé et ratifié, l’enthousiasme et l’engouement manifestés
lors des différentes réunions organisées au cours de l’année
écoulée dans le cadre de la transition, et mêmes les doléances
des populations concernant leur participation inadéquate, telles
qu’exprimées à travers les médias et par d’autres canaux,
constituent autant de témoignages d’une Afrique résolue et
prête à se propulser dans une nouvelle orbite.
Le travail de la présente session
extraordinaire du Conseil doit donc consister à s’assurer que
les aspirations des peuples africains et leur désir de créer un
organe plus efficace, capable d’aider notre continent à relever
les défis du nouveau siècle, ne demeurent pas vains. La
présente session veillera à ce que la vision de nos Pères
fondateurs se concrétise par le lancement effectif de l’Union
africaine. L’on n’insistera jamais assez sur le fait que le
changement qui s’opère actuellement n’est pas seulement un
changement d’appellation ou de nomenclature institutionnelle. Il
s’agit plutôt d’une réorientation fondamentale et d’une
redynamisation du cadre de l’unité africaine qui couvre un
grand nombre d’éléments.
Depuis le Sommet de Lusaka tenu l’année
dernière, les Etats membres et le Secrétariat général ont
accompli un travail remarquable dans le cadre de la préparation
du lancement de l’Union africaine, en particulier la mise en
place de ses organes – clés. La décision de convoquer la
présente session extraordinaire souligne, une fois de plus, toute
l’importance que le Conseil attache à la question. De manière
plus spécifique, elle jette les bases d’une fondation solide
pour l’Union africaine. Il va sans dire que c’est la
configuration de l’Union qui déterminera la capacité de l’Afrique
à tirer le meilleur parti de la mondialisation, à relever les
défis qui y sont associés et à permettre à ses populations de
réaliser une paix et un développement durables. Nous devons
absolument réussir. Nous ne pouvons pas nous permettre de manquer
ce rendez-vous.
Je souhaite à la présente session
extraordinaire du Conseil, plein succès dans ses travaux.
Je vous remercie de votre aimable attention.