ALLOCUTION DE M. AMARA ESSY, SECRETAIRE
GENERAL DE L’OUA,
A L’OUVERTURE DE LA 38E SESSION
ORDINAIRE DE LA CONFERENCE DES CHEFS D’ETAT ET DE
GOUVERNEMENT
Durban, 8 juillet 2002
Excellence, M. Thabo Mbeki, Président de la
République de l’Afrique du Sud,
Excellence M. Levy Patrick Mwanawasa,
Président de la République de Zambie,
Excellences, Messieurs les chefs d’Etat et de
gouvernement,
Excellence, M. Kofi Annan, Secrétaire
général des Nations Unies,
Honorables invités,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes aujourd’hui à Durban pour ouvrir
et refermer le 38e et dernier Sommet de l’Organisation
de l’unité africaine. Feu le Président Jomo Kenyatta avait pu
déclarer que l’Afrique serait libre le jour où elle pourrait
réunir un Sommet de l’Afrique à Durban. Nous y sommes, aujourd’hui
en ce 90e anniversaire de la création de l’African
National Congress (ANC).
Nous ne pouvons que remercier et remercier
encore le peuple sud-africain qui nous a réservé un magnifique
accueil, qui nous a offert une chaleureuse hospitalité et toutes
les facilités nécessaires à une réunion dans les meilleures
conditions possibles.
Comment ne pas évoquer à partir de cette
terre sud-africaine, patrie d’un de nos plus valeureux héros,
Nelson Mandela, la bataille historique contre l’obscurantisme,
la négation de la personne humaine et de ses droits les plus
élémentaires.
L’intuition et la détermination des Pères
fondateurs de l’OUA, à qui nous rendons l’immense hommage qui
leur est dû, de même que le martyre et les sacrifices de
milliers et de milliers d’africains nous ont conduit sur la voie
de la libération et de la conquête d’un destin librement
forgé. Et Durban l’africaine, cité moderne au bord de l’Océan
indien, nous accueille aujourd’hui et nous dit que plus jamais
un autre regard que le regard africain ne définira l’Afrique,
que plus jamais ses fils n’accepteront l’esclavage, le racisme
ou toute autre forme d’oppression. En Durban, nous retrouvons
notre passé, notre avenir, nos souffrances et nos espoirs, nos
défaites et nos victoires. En Durban, en fait, nous retrouvons ce
que la vie a fait de nous et Durban, c’est aussi le lieu où
nous devons choisir ce que nous voulons faire de la vie.
Combien sont-ils ici et ailleurs sur tout notre
continent, à partir de leur sommeil éternel, à veiller sur nos
destinées? Ils sont cent, ils sont mille, ils sont un. Au delà
des figures emblématiques que sont Marcus Garvey et William Du
Bois, quand on a dit Kwame Nkrumah, on a résumé en un seul nom l’appel
de tous nos héros et précurseurs qui, depuis les premiers
sentiers du panafricanisme jusqu’aux portes de notre présent,
ont incarné notre soif de justice et de dignité. En nommer un
seul, c’est devoir les nommer tous. Les nommer tous, c’est
consacrer le jour et la nuit à leur évocation et à leur
souvenir, alors même qu’ils nous invitent à franchir
résolument les étapes dans lesquelles ils reconnaissent le sens
de leur combat et l’entreprise de leur existence. Respectons
les, reconnaissons les et avançons avec eux. Chacun de nous a son
sanctuaire où repose l’âme des grands et des humbles qui nous
ont devancé. Qu’ils soient tous salués à l’aune de ce que l’Afrique
leur doit.
Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Excellences,
Mesdames, Messieurs
L’Organisation de l’unité africaine
présente plusieurs facettes. Et vous mêmes, Excellences
Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement, vous êtes le
vivant témoignage, les héritiers et les auteurs des acquis et
des réalisations de notre Organisation continentale.
Les batailles menées pour la décolonisation
totale de l’Afrique, la lutte contre l’apartheid, l’exaltation
des vertus d’unité, de solidarité et de dignité sur le
Contient sont autant de parcours couronnés de succès. Ainsi, nul
ne pourra dissocier l’OUA de la lutte pour la libération
politique de notre Continent. Qui ne se souvient des soutiens
apportés aux patriotes algériens, bissau-guinéens, cap-verdiens,
sao-toméens, angolais, mozambicains, zimbabwéens, namibiens, et
autres et bien sûr sud-africains! Qui n’a en mémoire l’action
du Comité de Liberation de Dar-es-Salaam qui, jour après jour, a
su mobiliser les énergies, les moyens matériels et les soutiens
diplomatiques pour mettre à bas la domination coloniale.
C’est l’Organisation de l’unité
africaine qui affirmera le principe de l’intangibilité des
frontières héritées de la colonisation. Ce faisant, elle
limitera le nombre de conflits qui aurait pu surgir.
C’est l’Organisation de l’unité
africaine qui, quarante années durant, va garder, à une
exception près, l’ensemble de ses Etats membres dans le même
cadre de concertation et d’action.
C’est l’Organisation de l’unité
africaine qui, devant la montée des conflits en Afrique, va
créer en 1993 le Mécanisme pour la prévention, la gestion et le
règlement des conflits.
C’est l’Organisation de l’unité
africaine qui, chemin faisant, va enrichir son agenda politique
des exigences économiques et sociales, entre autres, en adoptant
en 1980 le Plan d’action de Lagos comme plan directeur pour un
développement socio-économique accéléré de l’Afrique, puis
le Traité d’Abuja.
Au cours des deux dernières décennies
écoulées, l’OUA a donc accordé une importance croissante aux
questions de développement. En effet, comptant 34 des 49 pays les
moins avancés, l’Afrique connaît le paradoxe d’être le
continent le plus potentiellement riche et le plus pauvre au
niveau de ses populations. Confronté aux défis conjugués de la
mondialisation et de la pandémie du SIDA, notre continent ne s’est
pas résigné et il a pris des initiatives. Ainsi du Nouveau
Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) en tant
que programme majeur de l’Union africaine sur le point de
naître. Ainsi de la Conférence pour la sécurité, la stabilité,
le développement et la coopération en Afrique.
Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
L’Organisation de l’unité africaine est
née au milieu de divergences d’opinion qui portaient plus sur
les modalités que sur le but de l’unité à réaliser.
Trente-neuf ans après, nous mesurons les résultats. L’Organisation
de l’unité africaine, après échecs et triomphes, s’efface
au profit de l’Union africaine longtemps annoncée, longtemps
attendue, enfin arrivée.
Cet aboutissement, ou plutôt cette nouvelle
étape, doit beaucoup, il faut le dire, aux efforts personnels et
à l’engagement total d’un homme qui s’est investi
complètement dans la vision d’une Afrique forte, solidaire et
digne : j’ai nommé le Colonel Muammar Khaddafi. En dépit
de tout, ou peut-être même à cause de tout, il a, avec ses
Pairs, forcé les barrières des retenues convenues et des voies
balisées pour extraire cette Union africaine du cœur des peuples
et des institutions des Etats membres.
C’est aussi le lieu et le moment, devant les
Chefs d’Etat et de gouvernement ici assemblés et devant le
peuple d’Afrique à l’écoute, de rendre un hommage mérité
et appuyé aux Présidents en exercice et aux Secrétaires
généraux successifs de l’OUA qui ont eu une grande part
positive dans cette évolution.
Chacun d’entre eux, à sa manière et avec
son talent propre, a apporté sa pierre et sa touche à l’édifice
de notre Organisation continentale.
Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
L’Union africaine sera lancée demain. Mais
que signifie-t-elle pour les millions et les millions d’Africains
dont elle va façonner l’avenir?
En passant de l’Organisation de l’unité
africaine à l’Union africaine, le saut qualitatif escompté
doit nous conduire à une Afrique des peuples qui revendiquent et
prennent possession de leurs institutions et de leurs processus de
développement.
Monsieur le Président Thabo Mbeki,
Nous sommes des africains; vous me comprenez.
Et pour emprunter à vos images, laissez-moi vous dire à vous, à
leurs Excellences les chefs d’Etat et de gouvernement, à nos
invités, au peuple sud-africain, aux peuples d’Afrique qu’aujourd’hui
et demain, un soleil nouveau se lève sur l’Afrique et pour l’Afrique.
Ce soleil illumine toutes les villes, tous les
villages, tous les hameaux de notre continent. Le message est
celui de l’espérance et du refus de la fatalité. Ce jour
nouveau qui symbolise les conquêtes victorieuses futures sur tous
les fronts du social, de l’économie et du politique, inaugure
également les nouvelles pages de l’histoire de notre Continent
que nous allons écrire.
Au delà de l’optimisme et de l’exaltation,
c’est la volonté déterminée des damnés de la terre d’arracher
au sort la maîtrise de leur destin en toute lucidité, en toute
fraternité et dans le concert des nations. Parce que cela,
personne ne le fera à notre place.
Riche en ressources humaines et dotée d’un
potentiel extraordinaire et considérable, l’Afrique, de par ses
initiatives et ses médiations, continue de s’efforcer à s’engager
résolument sur la voie de la paix, de la stabilité, de la
sécurité et de la bonne gouvernance.
Nous sommes en route pour une Afrique debout,
digne, prospère, déterminée à être un partenaire crédible et
respecté au sein de la communauté internationale.
Nous sommes en route pour la fraternité, la
solidarité, la paix avec tous les peuples du monde.
Nous sommes en route pour garantir que plus
jamais un regard autre que le regard africain ne définira l’Afrique.
Je vous remercie.